Ici, on ne vit jamais tout à fait seuls… ![]()
Il y a d’abord ces fameuses chauves-souris, silencieuses comme des pensées. On croit faire un geste banal, refermer un volet pour la nuit… et, soudain, c’est la même surprise des deux côtés : elles, scandalisées d’avoir été dérangées ; nous, persuadés pendant une demi-seconde d’avoir réveillé un esprit du château. Finalement, tout le monde se regarde, se juge un peu, puis chacun fait semblant que rien ne s’est passé.
Et puis, il y a ces grands papillons “tête de mort”, avec leur allure de messagers dramatiques. Ils arrivent sans invitation, imposants, presque théâtraux. On ne sait jamais s’il faut admirer, reculer, ou simplement prévenir le reste de la maison que non, ce n’est pas un oiseau… et que oui, c’est vraiment un papillon.
Sous les vieilles pierres, les scorpions ont leurs petites habitudes, comme des locataires discrets. On les voit régulièrement, et ils ont ce talent rare : vous faire respecter l’archéologie. Depuis qu’on sait qu’ils logent là, on déplace les pierres avec la délicatesse d’un conservateur de musée… et un léger sens de l’urgence.
Plus bas, près de la Galaure, la vie suit son cours avec un réalisme qui frôle parfois le burlesque : la traversée des rats ou des ragondins, par épisodes, comme une série dont on n’a pas demandé l’abonnement. Et quand tout devient calme, vraiment calme, qu’il n’y a plus que l’eau qui parle… il arrive qu’un castor se laisse deviner. Là, on n’ose plus bouger. On oublie tout, même les histoires de volets. On regarde, et on se dit qu’ici, le monde garde encore ses secrets.
Aux beaux jours, le soir venu, les hirondelles prennent le relais. Elles viennent boire en rase-mottes au bord de la piscine, avec une précision de flèches et une légèreté insolente. Elles frôlent l’eau, repartent, reviennent, recommencent… et les chats, eux, perdent toute dignité. Les hirondelles semblent en être parfaitement conscientes et, disons-le, assez ravies.
Et chaque année, comme un rendez-vous immuable, un essaim d’abeilles choisit le même endroit en façade du château. Elles ne demandent rien, elles s’installent, elles bourdonnent comme un petit conseil municipal très organisé. On les observe avec respect : elles sont chez elles, et nous avons simplement la chance d’être à proximité.
C’est peut-être ça, au fond, la vraie vie ici : un château, des vieilles pierres, et tout un peuple discret qui circule, s’invite, surprend, émerveille… et vous rappelle qu’on n’est jamais tout à fait les seuls propriétaires des lieux.
Et puis, il y a eu cette rencontre-là, la plus incroyable jusqu’à présent, unique : celle d’un loup solitaire venu nous rendre visite. Comme une apparition, brève et silencieuse, qui laisse longtemps le cœur un peu battant.
Pour ceux qui voudraient le voir, le film est visible sur YouTube : “Loup à Saint-Uze”.
© Dali Berthois, 2026

