Le murmure de l’ombre

On raconte que dans l’une des chambres d’hôtes du Château , au 1er étage, un bruit étrange s’est fait entendre, une nuit de printemps, alors que la nuit était profonde et douce.

Tata Fanfan, une femme vive, rayonnante et tendre, y séjournait quelques jours, lors d’une de ses visites. Ce soir-là, comme tous les autres, elle avait refermé les volets, plié ses lunettes sur le livre à demi lu, et éteint la lampe de chevet avec un soupir de fatigue mêlé de paix.

Mais au milieu de la nuit, un son la réveilla. Un bruit de pas… Lents. Boiteux. Un rythme irrégulier, mais obstiné. Comme si quelqu’un, ou quelque chose, marchait dans le couloir, d’un bout à l’autre, en traînant légèrement une jambe.

Elle resta un moment figée dans le noir. Puis, rassemblant son courage, elle posa la main sur la poignée de la porte pour regarder dans le couloir.

À cet instant précis — les pas s’arrêtèrent.

Un silence si profond suivit que Tata Fanfan pensa avoir rêvé. Elle retourna sous les draps, le cœur un peu battant, mais le souffle régulier. C’est là qu’elle eut l’idée d’enregistrer avec son téléphone mobile. Pour se rassurer. Pour garder une trace. Juste au cas où.

Et les pas reprirent.

Allers. Retours. Toujours le même rythme. Jusqu’au petit matin.

Le lendemain, autour du café dans la cuisine du château, elle nous fit écouter l’enregistrement . Chacun, l’oreille penchée, reconnut les bruits de pas, nets, distincts… et cette respiration apaisée, la sienne, endormie à côté du mystère.

Personne n’a pu expliquer.

Depuis ce jour, certains disent que le château garde la mémoire de ceux qui y passent, et qu’il existe une heure — entre quatre et cinq du matin — où les âmes hésitent encore à repartir.

Tata Fanfan n’est plus là pour en reparler. Elle est partie quelques années plus tard, emportée par la maladie, avec son rire doux et sa bienveillance en bandoulière.

Mais parfois, avant l’aube, quand la nuit est profonde et douce, dans les murs de pierre du château, il arrive qu’on croie entendre ce pas… lent… irrégulier… familier.

Et si l’on écoute bien, peut-être perçoit-on aussi, juste un instant, une respiration paisible, comme celle de quelqu’un qui veille — ou qui revient saluer, une dernière fois.

Adieu, ma Tata.


D’après un fait réellement vécu au Château de Rochetaillée.

© Dali Berthois – 2025 – Les contes de la Galaure


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