Il était une fois, quelque part autour de Saint-Uze,
un lieu que l’on appelait simplement le rocher.
Bien avant que les pierres du Château de Rochetaillée ne s’élèvent telles qu’on les voit aujourd’hui,
les anciens s’y rendaient à la tombée du jour, à la veille du 1er mai.
On disait alors que la nuit de Beltane ouvrait la saison claire.
Des feux étaient allumés,
non pour défier l’ombre,
mais pour accompagner la terre dans son renouveau.
Parmi ceux qui montaient, il y avait un jeune garçon du village,
prénommé Aymon.
Chaque année, il observait les flammes danser,
et chaque année, il avait le sentiment étrange
que ce lieu gardait en lui quelque chose de plus ancien encore,
comme un souvenir que la pierre refusait d’oublier.
Un printemps, alors que les herbes étaient déjà hautes,
Aymon trouva, au pied d’un vieux mur de ruines,
une plante qu’il n’avait jamais remarquée auparavant.
De fines clochettes blanches, presque silencieuses.
Il en cueillit un brin, sans vraiment savoir pourquoi.
Les années passèrent.
Le rocher changea, les pierres furent relevées,
et les feux de Beltane disparurent peu à peu.
Mais le brin aux clochettes, lui, resta dans les mémoires.
On raconte qu’un jour, bien plus tard,
le roi Charles IX, de passage en ces terres,
reçut une fleur semblable…
et décida d’en faire un symbole de bonheur.
Depuis lors, chaque 1er mai,
on offre du muguet,
comme un écho discret de ces anciens feux.
Et certains disent encore que, lorsque la lumière décline
et que le vent remonte doucement depuis la Galaure,
il arrive que l’on perçoive, entre les pierres,
la trace invisible de ces flammes oubliées.
Comme si le lieu, lui,
n’avait jamais cessé de célébrer le passage.
Comme si, depuis toujours,
le muguet y poussait,
éternellement, sur les cendres disparues.
© Les Contes de la Galaure – Dali Berthois 2026

